En raison de la pression croissante en France, le problème des «petits bateaux» se déplace de plus en plus vers l’ensemble du littoral belge. Les services de police fournissent un travail considérable, mais ils ont atteint leurs limites et se contentent surtout de limiter les dégâts face à un problème international structurel.

La semaine dernière, j’ai eu des contacts intensifs avec différentes zones de police le long de notre côte. Ce qui se passe aujourd’hui dans ce domaine, autour de la problématique des « petits bateaux », ne peut plus être relégué à la marge.  En raison de la pression accrue du côté français, le phénomène s’est déplacé vers la Belgique.

Ce qui a commencé sur la côte ouest s’étend désormais sur la quasi-totalité du littoral et progresse systématiquement vers l’est.  Avant-hier encore, 28 migrants ont été interceptés sur la plage de Knokke alors qu’ils s’apprêtaient à mettre leur embarcation à l’eau.
Il n’est donc pas inconcevable que ce phénomène se déplace encore vers nos voisins du nord dans un avenir proche. Il progresse littéralement le long du littoral.  Les services de police font ce qu’on attend d’eux. Police locale, SPN, FGP, renforts via Hycap… on travaille d’arrache-pied, dans une approche coordonnée, avec engagement, flexibilité et professionnalisme.

Mais soyons clairs.

Ce qui se passe aujourd’hui n’est pas une solution. C’est de la gestion de crise.

La police tente de maîtriser une situation qui dépasse ses capacités, et ce dans un contexte qui est, par définition, international et structurel. Ce n’est pas quelque chose que l’on résout uniquement sur le plan opérationnel sur la plage.  Pendant ce temps, la pression sur les personnes sur le terrain ne cesse de croître. De longues gardes, une charge de travail accrue et, dans certaines zones, l’abandon temporaire des missions de base. L’engagement est grand, mais les capacités ont leurs limites.

La question n’est pas de savoir si ce modèle va être mis à rude épreuve.

La question est de savoir quand.

Et osons aussi poser cette autre question, dérangeante : que se passera-t-il si les choses tournent mal ?
Car il n’est malheureusement pas irréaliste d’envisager que, tôt ou tard, il y aura des victimes. Une noyade n’est pas un risque hypothétique dans ce scénario.

Que se passera-t-il alors ?

Allons-nous à nouveau réagir avec étonnement ? Allons-nous chercher à savoir qui a «failli à sa tâche» ? Ou allons-nous enfin reconnaître qu’il s’agit d’un problème visible depuis longtemps, mais dont on a collectivement détourné le regard pendant trop longtemps ?
Dans ce scénario, la police se retrouvera sans aucun doute à nouveau dans la ligne de mire. Première sur le terrain, et souvent aussi la première à être montrée du doigt.

Nous ne pouvons vraiment pas nous le permettre.

Ce dossier exige de la responsabilité. À tous les niveaux. Et surtout : une stratégie plus large et structurelle qui aille au-delà du simple transfert de la pression d’un pays à l’autre.
Car tant que celle-ci n’existera pas, nous continuerons à faire ce que nous faisons aujourd’hui :
courir après les faits, avec des personnes qui continuent à donner… jusqu’à ce que quelque chose finisse par céder.

Respect à tous les collègues qui donnent aujourd’hui le meilleur d’eux-mêmes dans des circonstances particulièrement difficiles.

Mais cette histoire ne s’arrête pas à la ligne de flottaison…

Wesley Huysentruyt
Député permanent de Flandre occidentale

 

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